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Yelena Eckemoff – Interview par Thierry De Clemensat (French)

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Dans la grande famille américaine des compositeurs, une tradition façonnée autant par la migration que par la mélodie, les émigrés européens ont longtemps joué un rôle déterminant. Il en va de même pour les journalistes, les scientifiques, les architectes. Les États-Unis ont souvent fonctionné à la fois comme refuge et comme lieu de réinvention. Parmi ceux qui ont traversé l’océan au début des années 1990 se trouvait Yelena Eckemoff.

À cette époque, sa carrière à Moscou était déjà solidement établie : professeure de piano, compositrice, interprète soliste, et même participante à un ensemble expérimental de jazz-rock. Et pourtant, elle est partie.

Thierry De Clemensat :
Quelle a été la motivation pour quitter l’Europe de l’Est et venir aux États-Unis ?
Était-ce la curiosité artistique, l’atmosphère politique, des circonstances personnelles, ou quelque chose de moins tangible ?

Yelena Eckemoff :
Nous avons ressenti ce que je pourrais décrire comme un appel, une impulsion à quitter l’Europe de l’Est. Nous avions ce désir irrésistible d’émigrer, même si la tâche paraissait presque impossible à l’époque. Ce fut un processus très long et très difficile, mais nous y sommes parvenus, contre toute attente, et je me souviens à quel point nous étions heureux lorsque nous avons embarqué dans l’avion qui décollait pour New York.

Thierry De Clemensat :
Quitter Moscou vous a-t-il libérée sur le plan créatif, ou cela a-t-il provoqué une rupture que vous avez d’abord dû surmonter ?
Vous considérez-vous aujourd’hui comme une compositrice russe vivant en Amérique, ou comme une compositrice américaine façonnée par la Russie ?

Yelena Eckemoff :
Je vois ma créativité comme quelque chose qui vient de l’intérieur. Mes expériences de vie l’alimentent comme des bûchettes alimentent un feu. Ce feu brûle toujours en moi.

À cette époque, en Europe de l’Est, les styles musicaux étaient très séparés. Je pouvais faire du jazz là-bas, ou bien de la musique classique. Aux États-Unis, j’ai pu expérimenter en combinant les deux.

Je ne me suis jamais considérée comme compositrice de telle ou telle nationalité. Je crois que la musique ne connaît pas de frontières géographiques. Mais au sens strictement technique, étant citoyenne des États-Unis, je suis une compositrice américaine.

Thierry De Clemensat :
Votre sentiment de « foyer » a-t-il évolué avec le temps, et cette évolution apparaît-elle dans votre musique ?

Yelena Eckemoff :
Mon sentiment de « foyer » est probablement lié à la nature. Je pense que nous venons tous de la nature et que nous y sommes reliés plus profondément que nous ne le réalisons. Il n’y a qu’une seule chose qui puisse me faire quitter mon petit studio à la maison : aller me promener ou m’occuper de mon jardin en pots.
De plus, lorsque nous partions pour l’Amérique, mon père m’a dit : « Le foyer est là où se trouve ta famille. » Peut-être puis-je ajouter à cette phrase pleine de sagesse : « Le foyer est là où se trouve ma musique. »

Les années américaines ne commencèrent pas par de grandes publications, mais par une période d’adaptation : élever des enfants, travailler tranquillement dans un studio, expérimenter avec les techniques électroniques, chercher un nouveau vocabulaire sonore.

Thierry De Clemensat :
L’adaptation à la vie aux États-Unis a-t-elle été difficile ?

Yelena Eckemoff :
Nous avons dû apprendre la langue et nous adapter à des normes culturelles différentes. Mais nous étions jeunes ; tout est plus facile quand on est jeune.

Thierry De Clemensat :
Et ce changement culturel a-t-il influencé votre musique ?

Yelena Eckemoff :
Je ne crois pas que le changement culturel ait beaucoup influencé ma musique, mais plutôt l’écoute de nouvelles musiques. Pour être honnête, j’ai eu davantage d’occasions d’étudier de nouvelles musiques aux États-Unis qu’à Moscou, même si nous avions là-bas beaucoup de cassettes pirates. Mais la plus grande influence reste mes propres expériences et mes propres sentiments ; je pourrais donc dire que la seule chose qui influence vraiment ma musique, c’est moi-même.

Thierry De Clemensat :
Pendant cette période, où la reconnaissance publique était secondaire, comment mesuriez-vous votre progression artistique ?

Yelena Eckemoff :
Avant comme aujourd’hui, la reconnaissance publique m’intéresse peu. J’espère que ma musique apporte une différence positive dans la vie des gens, de la même manière que la bonne musique des autres que j’écoute change profondément la mienne. Bien sûr, c’est agréable d’avoir de grandes critiques dans la presse prestigieuse, mais même si je n’avais aucune reconnaissance, je ferais exactement ce que je fais aujourd’hui.

Pour beaucoup de musiciens et de compositeurs, la reconnaissance arrive souvent trop tard. Si l’on mesure sa progression artistique à l’aune de la reconnaissance, on finit toujours par jouer et composer dans le style musical dominant. Malheureusement, la plupart des interprètes et compositeurs actuels font exactement cela.

Même si j’ai travaillé pendant de nombreuses années sans reconnaissance publique en tant que compositrice, j’ai eu ma part de reconnaissance comme pianiste classique. Mais mon objectif principal n’a jamais été de donner des récitals solistes de musique classique. J’ai continué à composer et à expérimenter avec la technologie de séquençage MIDI, ce qui m’a aidée à sentir que j’avançais dans mon travail ; puis diriger un groupe local a été une expérience très utile. Ainsi j’ai continué à progresser à bon rythme, me préparant à ce qui a commencé à se produire pour moi après 2009.

Thierry De Clemensat :
Lorsque vous composez aujourd’hui, qui imaginez-vous en train d’écouter ?

Yelena Eckemoff :
Cette question me rappelle quelque chose de mon passé, lorsque j’avais un auditeur parfait qui voulait toujours m’entendre jouer. C’était mon petit fils qui, un jour, s’est tenu parfaitement immobile à côté de mon piano pendant que je composais. Quand je me suis arrêtée, il m’a demandé : « Est-ce qu’il y aura encore de la musique ? Je vais rester ici. » Mon enregistreur fonctionnait, et ses mots ouvrent aujourd’hui Morning Hopes, le premier morceau de mon premier album Kaleidoscope of Life (2002).

J’imagine un auditeur idéal qui écoute ma musique en conduisant, en étudiant, en travaillant, en se reposant, pendant un dîner en famille, au petit-déjeuner, etc., de préférence sur un équipement audiophile ou au moins avec de bonnes enceintes. J’espère surtout que cet auditeur aura envie d’écoutes répétées, afin de percevoir tous les détails complexes et la variété des textures de ma musique.

Thierry De Clemensat :
La composition est-elle pour vous une discipline, une nécessité, ou quelque chose de plus proche de la survie ?

Yelena Eckemoff :
Je n’ai pas besoin de me discipliner pour composer régulièrement, car ma tête est toujours remplie de mélodies, d’idées, de grooves ; dès que j’ai un moment, je les note. (C’est même plutôt l’inverse : j’essaie de ne pas trop composer ces jours-ci, car la pile de nouvelles mélodies inutilisées ne cesse de grandir et j’ai peur de ne pas pouvoir voir toutes ces compositions enregistrées ou arrangées de mon vivant.)

J’ai toujours composé pour donner un sens à ce monde ; c’est ainsi que je trouve l’harmonie avec ce qui m’entoure. Cela fait de la composition une nécessité pour mon bien-être, presque aussi importante que respirer.

Peu à peu, vous avez constitué un groupe de musiciens locaux et commencé à publier des albums dans des genres variés : classique, vocal, folk, sacré. La percée dans le jazz est survenue en 2009 avec Cold Sun, enregistré avec Peter Erskine et le bassiste danois Mads Vinding.
À partir de ce moment-là, votre carrière américaine s’est accélérée.

Thierry De Clemensat :
En repensant à ce premier album de jazz en 2009, comment percevez-vous votre trajectoire et votre évolution ?
Votre développement vous a-t-il semblé délibéré ou plutôt organique ?

Yelena Eckemoff :
J’ai étudié le jazz adolescente dans un studio de musique jazz, parallèlement à mes études classiques. Depuis cette époque, ma musique a toujours comporté des éléments de jazz. L’un de mes tout premiers albums en solo, Kaleidoscope of Life (2002), était improvisé sur un séquenceur MIDI. The Call (2006) a été enregistré avec des musiciens locaux de Caroline du Nord dans un format de jazz de chambre.

Mes musiciens locaux avaient leur travail de jour, et nous répétions et jouions le soir et les week-ends. Pour eux, c’était une activité secondaire. Pour moi, il ne suffisait pas de se retrouver de temps en temps pour répéter. En 2009, j’ai donc décidé d’abandonner l’idée d’un groupe local et de travailler avec des musiciens de jazz professionnels. Le premier que j’ai trouvé via MySpace fut Mads Vinding. Il vit au Danemark. Le second fut Peter Erskine, qui vit à Los Angeles. Naturellement, Cold Sun (2009) a été enregistré à distance. Je pleurais de bonheur en écoutant les premiers mixes.

Travailler à distance avec le grand bassiste de jazz Vinding a été pour moi l’« école » la plus précieuse, celle qui m’a préparée aux futurs enregistrements en direct. À partir de ce moment-là, j’ai eu l’impression de monter dans un train à grande vitesse qui s’arrête une ou deux fois par an dans des studios d’enregistrement avant de repartir à toute allure. Je n’aurais jamais imaginé jusqu’où il m’emmènerait !

Thierry De Clemensat :
Que signifiait le succès pour vous à l’époque, et que signifie-t-il aujourd’hui ?

Yelena Eckemoff :
Pour moi, le succès a toujours voulu dire, et signifie encore, et signifiera toujours, que les gens prennent plaisir à écouter ma musique. Beaucoup de fans m’ont dit que ma musique avait amélioré la qualité de leur vie.

Thierry De Clemensat :
Si vous deviez choisir un album qui définisse votre identité artistique, lequel serait-ce, et pourquoi ?
Avez-vous le sentiment d’évoluer encore stylistiquement, ou plutôt d’affiner quelque chose que vous avez déjà trouvé ?

Yelena Eckemoff :
J’évolue depuis que j’ai commencé à composer vers l’âge de quatre ans, et avec chaque nouveau projet je cherche de nouvelles façons d’exprimer mes idées et moi-même. Ainsi, chaque nouvel album est la preuve la plus récente de mon évolution. Quant à l’album qui définirait mon identité artistique, je pense que n’importe lequel pourrait être cité, mais je me sens généralement la plus proche de mon travail le plus récent.

Depuis lors, votre production est devenue remarquablement prolifique, suscitant parfois des comparaisons avec Satoko Fujii.

Thierry De Clemensat :
Comment parvenez-vous à maintenir l’originalité à un tel rythme ?

Yelena Eckemoff :
Je crois que l’originalité n’a ni rythme rapide ni rythme lent. Je pense qu’on est original ou qu’on ne l’est pas. J’espère que mon originalité ne se dilue pas avec chaque nouveau projet, mais qu’au contraire elle gagne en force à mesure que mes compétences deviennent plus mûres et plus raffinées.

Thierry De Clemensat :
Craignez-vous parfois la répétition, ou voyez-vous les récurrences comme une continuité thématique ?

Yelena Eckemoff :
Je ne répète jamais un projet, quel que soit son succès. Même lorsque j’invite certains musiciens à travailler de nouveau avec moi, je change à la fois le groupe et le concept du projet, et je cherche de nouveaux angles pour le réaliser. Par exemple, j’ai invité Arild Andersen sur six de mes projets (le sixième n’a pas encore été publié). Et chaque fois c’était un groupe différent. Si vous comparez Glass Song (avec Peter Erskine) et Lions (avec Billy Hart), vous pouvez entendre que ce sont des trios très différents, non seulement à cause d’un batteur différent, mais aussi à cause de la musique elle-même.

Thierry De Clemensat :
Comment savez-vous qu’une pièce est terminée ?

Yelena Eckemoff :
Quand je compose, une pièce est terminée lorsque je trace la dernière barre de mesure. Après cela, je peux encore éditer la partition, mais la touche finale vient lorsque la pièce est enregistrée. Pendant le mixage préliminaire, je dois me dire qu’il faut s’arrêter à un moment donné, sinon je continuerais à l’améliorer pendant un mois.

Thierry De Clemensat :
Vous est-il déjà arrivé d’abandonner entièrement un projet, et pour quelle raison ?

Yelena Eckemoff :
Je n’abandonne pas les projets, je peux simplement les mettre en veille. Je considère que l’œuvre de ma vie est de mettre les Psaumes bibliques en musique. Tous les Psaumes que je compose comportent des lignes vocales. J’ai pu enregistrer de nombreux Psaumes instrumentaux, mais je n’ai réalisé jusqu’à présent qu’un seul disque de Psaumes chantés. J’ai essayé de trouver d’autres chanteurs capables de rendre justice à mes Psaumes, tels que je les imagine. Mais mes recherches n’ont pas encore donné de résultats satisfaisants. Je n’ai pas perdu l’espoir de trouver les bonnes voix, même si j’ai cessé de chercher pour l’instant.

Thierry De Clemensat :
Vous dirigez-vous vers des formes plus vastes, œuvres orchestrales, opéra, ou vers des déclarations de plus en plus intimes ?

Yelena Eckemoff :
Si l’on me commandait une symphonie, un opéra, un ballet ou un arrangement pour big band, cela pourrait m’intéresser. Autrement, ces grandes formes n’ont pas vraiment de sens pour moi. Quoi qu’il en soit, même si j’avais le choix, je préférerais l’intimité et la transparence d’un petit ensemble plutôt que celles d’un big band ou d’un orchestre. Jusqu’à présent, aucune de mes pièces n’a nécessité d’être réalisée sous une forme plus large, même si un réarrangement reste toujours possible.

 

Thierry De Clemensat :
Presque tous les musiciens européens commencent par une formation classique, et son influence reste perceptible dans vos structures harmoniques.

Yelena Eckemoff :

« Nous sommes tous sortis du Manteau de Gogol », dit la formule la plus célèbre de la littérature russe. De la même manière, je crois que, dans la musique moderne, tous les compositeurs dignes de ce nom proviennent de Bach, Beethoven, Mozart, Schubert, Chopin, Rachmaninov et d’autres géants de la musique classique.

Thierry De Clemensat :
La forme classique est-elle le seul cadre viable pour exprimer des émotions profondes, des paysages ou le divin ?

Yelena Eckemoff :
Je ne pense pas aux formes lorsque je compose. C’est comme si la musique prenait elle-même une certaine forme en fonction du thème initial et de mon inspiration pendant que je compose ou improvise. Ne décomposant pas les choses en différentes formes, je me sens libre de tirer parti de toutes les formes musicales que je connais et d’en combiner les éléments comme je le souhaite. Certaines de mes compositions ont des structures très élaborées, mais j’ai aussi des pièces très simples, et je ne sais jamais laquelle ce sera avant d’avoir terminé.

Thierry De Clemensat :
Le jazz offre-t-il une liberté d’un autre type, ou simplement une structure différente ?

Yelena Eckemoff :
Le jazz donne à mes partenaires de groupe l’occasion de participer à ma musique sans renoncer à leur propre identité. C’est comme une conversation entre nous. En tant que compositrice et pianiste, je « leur parle » par le développement mélodique, harmonique et structurel, ainsi que par mon jeu de piano, et ils me « répondent », à moi et entre eux, par leur interprétation de mes thèmes et leurs improvisations.

Thierry De Clemensat :
Pour vous, l’improvisation est-elle un acte spirituel ?

Yelena Eckemoff :
Pas seulement l’improvisation ; à mes yeux, tout le processus de création d’une pièce musicale — lorsque tout le groupe la joue, que ce soit en studio ou sur scène, est un acte spirituel.
Concrètement, je considère mes propres improvisations comme des parties intégrantes du développement mélodique des structures de ma musique.

Thierry De Clemensat :
Dans votre langage harmonique, cherchez-vous consciemment à faire le pont entre le romantisme russe et le modernisme du jazz américain ?

Yelena Eckemoff :
Même si je ne me suis jamais vraiment posé cette question, certains critiques musicaux me voient comme le maillon suivant dans la chaîne des grands compositeurs russes en majeur et en mineur. Cependant, comme j’ai étudié tout autant les compositeurs occidentaux, j’ai été influencée par eux autant que par les compositeurs russes, peut-être même davantage.

La collaboration a été centrale dans vos projets.

Thierry De Clemensat :
Lorsque vous travaillez avec des musiciens de la stature de Peter Erskine, quelle marge d’interprétation leur laissez-vous ?

Yelena Eckemoff :
En parlant des batteurs, je dirais que je leur laisse 99 % de liberté d’interprétation, puisque je n’écris aucune partie de percussion. Le 1 % restant concerne des choses comme le choix entre baguettes ou balais, ou encore si je souhaite ajouter certaines percussions comme un shaker ou autre chose.
Mais certains batteurs veulent savoir exactement ce que j’aimerais exprimer dans la musique. Par exemple, lorsque nous avons enregistré le morceau « Waves and Shells » de l’album Everblue avec Jon Christensen, je lui ai demandé de jouer le son des coquillages sur la plage, ce qu’il a fait merveilleusement. Billy Hart, lui, a joué le crépitement des braises dans la cheminée pendant qu’il neige dehors, dans le morceau « Imagination » de A Touch of Radiance. Ou encore le battement d’ailes d’oiseaux en vol dans « Migrating Birds » de Lions. Et il y a bien d’autres exemples.

Pour les musiciens jouant des instruments à hauteur déterminée, je leur donne leurs parties tirées de mes partitions, avec les thèmes et les lignes écrites, ainsi que des espaces pour les improvisations. Je ne dis généralement pas aux musiciens comment ils doivent interpréter ma musique ; je fais confiance à leur intuition et à la chimie entre les membres du groupe au moment de l’enregistrement.

Thierry De Clemensat :
Composez-vous en pensant à des interprètes précis ?

Yelena Eckemoff :
Quand je conçois un nouveau projet, j’essaie de réunir le groupe le plus tôt possible, car j’aime savoir comment les musiciens peuvent sonner et ce que chacun d’eux peut apporter à l’ensemble. Cela me donne l’occasion d’écrire de meilleures partitions pour le projet.
Mais bien sûr, il m’arrive aussi de composer sans avoir de projet particulier en tête. Il arrive toutefois que je commence à entendre dans ma tête un musicien précis jouer une certaine ligne. Dans ce cas, j’inscris son nom sur la partition, au cas où.

Thierry De Clemensat :
Un improvisateur a-t-il déjà emmené votre composition dans une direction inattendue, changeant votre propre perception de celle-ci ?

Yelena Eckemoff :
Absolument. Il y a plusieurs pièces qui ont été enregistrées d’une manière différente de celle que j’avais imaginée. Par exemple, lorsque nous avons enregistré le morceau « Sands » pour l’album Desert, il est sorti moins énergique que je ne l’entendais dans ma tête. J’ai alors demandé au groupe de l’enregistrer de nouveau avec plus d’élan. Mais lorsque j’ai écouté les deux prises dans ProTools pendant le pré-mixage, j’ai réalisé que la première version (éthérée) était de loin la meilleure.
Un autre exemple très récent : le morceau « ABBA Museum » de mon nouvel album Rosendals Garden. Svante a interprété le thème principal avec plus de liberté dans le phrasé, alors que je l’entendais très strict rythmiquement lorsque je l’ai écrit. Au début, je n’étais pas sûre d’aimer cela. Mais après un moment, j’ai été très heureuse de l’approche de Svante. Pour moi, c’est la meilleure partie du travail musical collectif : lorsque les partenaires emmènent mes compositions dans une direction inattendue.

Thierry De Clemensat :
À côté de la musique, la peinture occupe une place importante dans votre vie créative. Comment la peinture interagit-elle avec la composition ?

Yelena Eckemoff :
J’ai commencé à dessiner très jeune, au même âge que j’ai commencé à jouer du piano. Cela paraît difficile à imaginer aujourd’hui, mais je me souviens clairement que mes parents discutaient pour savoir dans quelle école spécialisée je devais aller : l’école de piano ou l’école de dessin. Il est possible que, dans un univers parallèle, il existe une autre Yelena qui est une artiste peintre professionnelle bien connue, avec de fréquentes expositions, qui joue aussi du piano et compose occasionnellement de la musique.

Puisque je suis devenue musicienne professionnelle plutôt que peintre professionnelle, la peinture est pour moi un moyen secondaire de m’exprimer, complétant ce que j’exprime par le son.

D’ailleurs, mon arrière-grand-père était un peintre professionnel qui avait étudié avec Isaak Levitan. Lorsque j’ai essayé la peinture à l’huile au début de ma vingtaine, j’ai senti que l’huile était dans mon sang, comme une sorte de mémoire génétique.

Mon arrière-grand-père a eu une vie très difficile. La plupart de ses tableaux ont été détruits pendant la Seconde Guerre mondiale. J’ai déjà composé et enregistré un projet très spécial (avec Arild Andersen, Billy Hart et Paolo Fresu) en hommage à sa vie. Ce projet s’intitule Forgotten Artist et sortira en 2028.

Essayer de plaire à tout le monde afin d’être approuvé et de gagner de la reconnaissance. Faites davantage confiance à votre instinct qu’à l’opinion des autres. Et surtout, travaillez dur et n’abandonnez jamais !

Thierry De Clemensat :
Quelles questions vous posez-vous aujourd’hui que vous ne vous posiez pas il y a quinze ans ?

Yelena Eckemoff :
Comment toucher les gens à l’ère de la surcharge d’information, alors que la capacité d’attention du public devient de plus en plus courte ?

Thierry De Clemensat :
Et musicalement, qu’est-ce qui reste encore inexploré pour vous ?

Yelena Eckemoff :
Tout ce que je n’ai pas encore essayé !!!

 

 

 

 

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